"Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même.
On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues."

Joseph Kessel

mercredi 29 février 2012

Bienvenue chez les Hmong (et autres Dao)

Pas de doute, le Vietnam est une destination désormais éminemment touristique et la palme dans la catégorie revient de façon assez surprenante à Sapa, petite ville située dans les montagnes du Nord-Ouest. Certes, les voyageurs sont séduits par le trajet en train et les magnifiques paysages - notamment les très photogéniques rizières en terrasses - mais ce qui attire vraiment les foules à Sapa, c'est la possibilité de partir à la rencontre de certaines minorités ethniques du pays. L'expérience tient en réalité plus du safari chez les pauvres que de l'ethnologie et du coup, ça gâche un peu le séjour. Difficile de se représenter l'ancienne station climatique fondée par les Français car aujourd'hui, ce n'est qu'une succession de bars et restos branchés, hôtels et agences de voyages. Une bonne base en somme pour découvrir la région sans renoncer aux conforts modernes. Oui mais voilà, c'est sans compter les incessantes sollicitations des cortèges de femmes en tenue traditionnelle qui tentent de vendre diverses babioles et des moto-taxis qui guettent le touriste à chaque coin de rue. 

Petit attroupement autour d'un couple de touristes
Les "Siiiir, you buy something from me?" deviennent très rapidement insupportables même s'il faut bien reconnaître que les jeunes routards ne sont pas forcément leur cible privilégiée et puis, elles ont tout de même un côté assez malicieux et amusant, ces femmes Hmong ou Dao capables de soutenir une conversation en anglais (avec même parfois quelques mots en français) et elles savent aussi faire preuve d'auto-dérision. Ce qui est beaucoup plus dérangeant, c'est la conversion de certains villages en "zoos" avec droit d'entrée à payer, boutiques de souvenirs à profusion et l'impression désagréable d'être un voyeur parmi tant d'autres. Ajoutez à cela une bonne dose de propagande (par exemple, les taxes versées vont directement aux locaux ou tous les enfants vont à l'école) et vous obtenez un mélange franchement frustrant et dénué de toute authenticité, pourtant la promesse de base, le côté vendeur.

Femme hmong et guide pour quelques heures
Ceci dit, comme partout ailleurs, il est possible et assez facile même, de prendre un peu de recul et de sortir des sentiers battus. Pas de solution miracle, il faut bien évidemment éviter les agences comme la peste, prendre une femme locale comme guide en cas de besoin (au moins, on sait où va l'argent) et puis marcher, marcher et encore marcher! C'est seulement à ce moment là qu'on peut réellement profiter des superbes vues sur les Alpes Tonkinoises et les fameuses terrasses façonnées par l'homme (enfin, plutôt par la femme en l'occurrence!).

Les célèbres rizières en terrasses de Sapa

No doubt that Vietnam has now become an eminently tourist destination and the award in this category goes - surprisingly enough - to Sapa, a small town located in the Northwest mountains. Of course, travelers are attracted by the train ride and beautiful scenery - including the very photogenic rice terraces - but what really draws the crowds there is the opportunity to meet some of the ethnic minorities present in the country. The experience is actually more of a safari among the poor than ethnology and it kind of spoils the whole fun. Difficult to imagine what the old hill station established by the French was like because today, it is no more than a succession of trendy bars and restaurants, hotels and travel agencies. A good base in fact to explore the area without giving up modern comforts. But that's not counting with the procession of persistant local women dressed in traditional costume trying to sell handicrafts and motorbike taxis waiting for tourists at every street corner. The "Siiiir, you buy something from me?" soon becomes unbearable although we have to admit that young backpackers are not necessarily their main target and these women are quite smart and funny in a way. They had to learn English from scratch, sometimes know a few words of French and even use self-mockery. 
What is far more disturbing is the fact that some villages have been turned into "zoos" with an entry fee to pay, a plethora of souvenir shops and the unpleasant feeling of being a voyeur among many others. Add to that a good dose of propaganda (for example, collected fees supposedly go to locals or all children go to school) and you get a mixture that is truly frustrating and devoid of any authenticity, yet the so-called drawcard. That being said, as usual, it is possible and even easy enough to stand back a bit from things and go off the beaten path. For that, obviously, you have to avoid agencies like the plague, take a local woman as a guide when needed (this way, at least, you know where the money goes) and then, you have to walk, walk and walk! Only then can you really enjoy the stunning views of the Tonkinese Alps and the famous terraces shaped by men (well, most probably by women in this case!).

lundi 27 février 2012

Pains de sucre sur une mer d´huile

Si le nom de Saigon est plus évocateur et invite au voyage, nous ne savons pas vraiment à quoi nous attendre en atterrissant à Hanoi. Un Vietnamien du Sud nous avait dépeint une capitale administrative austère et arriérée, fortement marquée par le communisme. Mais nous ne verrons rien de tout cela et en cette première journée, nous découvrons une ville où la modernité a bel et bien su trouver sa place sans trop altérer le patrimoine historique: le vieux centre a peu changé avec ses rues étroites où se côtoient une trentaine de corporations dans d'anciennes bâtisses à un ou deux étages. On est loin des cités du Moyen-Âge avec forgerons et tanneurs mais l'esprit est resté et il y a la rue du papier, celle du poisson séché, celle des accessoires pour bébés, celle du bambou et bien d'autres encore. 

Rue du bambou dans le vieux Hanoi
Les nombreux lacs qui parsèment Hanoi ajoutent une touche d'humanité et c'est l'endroit préféré des Vietnamiens pour leurs exercices matinaux et pour paresser en famille en dégustant une glace, sans oublier les nombreux couples de jeunes mariés qui viennent s'y faire tirer le portrait. Pour l'heure, nous ne verrons pas grand chose de plus car c'est lundi et tous les monuments et musées de la ville sont fermés. Nous en profitons donc pour organiser notre visite de la baie d'Along. Après nos déboires dans le delta du Mékong, nous décidons cette fois de choisir à quelle sauce nous allons être mangés! Parmi les nombreux tours proposés, nous optons pour une excursion de deux jours avec une nuit sur un bateau dans la catégorie intermédiaire.

Fin d'après-midi ensoleillée et paisible dans la baie d'Along
Encore un peu sceptiques dans le bus qui nous conduit de notre hôtel à l'embarcadère de Ha Long City, il nous faudra finalement bien peu de temps pour apprécier d'être pris en mains. Notre guide est un peu caricaturale mais elle est à mourir de rire - on soupçonne d'ailleurs les Vietnamiennes de parodier leur accent pour nous faire sourire à chaque phrase - et puis il n'y a que treize autres touristes à bord et tous sont de très bonne compagnie! Eux aussi sont un peu des caricatures d'eux-mêmes: des Toulousains bien franchouillards, un couple gay américain très bavard, une jeune Chinoise bien discrète, un Irlandais blafard qui boit la bière locale comme de l'eau, etc. En quittant le port de Ha Long, le temps est gris et nous sommes saisis par la multitude de rochers calcaires chargés de végétation dont la silhouette se découpe dans le brouillard. Et plus tard, sous un franc ciel bleu, le spectacle est tout simplement grandiose. Nous avons perdu de vue les autres bateaux et pouvons admirer en silence le coucher de soleil sur ce paysage surréel. 

Inoubliable coucher de soleil depuis le bateau!

Saigon definitely was more evocative to us than Hanoi, the kind of place that invites to travel, and we did not really know what to expect when we landed in the capital city. A South Vietnamese had depicted it as dull and strongly influenced by communism. But we saw none of this and in fact, as we discovered on the first day, it's a city where modernity has found its place without much altering the historical heritage: the old center has changed little in centuries with its narrow streets concentrating more than thirty corporations in one or two-storey buildings. This is obviously not a medieval city anymore, with blacksmiths and tanners, but the spirit has remained the same as there is one dedicated street for each kind of goods e.g. paper, dried fish, accessories for babies, bamboo and many more. The many lakes in Hanoi add a touch of humanity and are a favorite place of Vietnamese for their morning exercise, ice cream and a stroll with family, not to mention for the newlywed couples posing for pictures. We didn't get to see much more that day because it was Monday and all the monuments and museums were closed. So we used the opportunity to arrange a tour to Halong Bay. After our previous experience in the Mekong delta, we decided that this time we would choose the way we wanted to do it! Among the many options, we opted for a two-day cruise with night on the boat in the middle price category.
Still a bit skeptical on the bus taking us from our hotel to the pier in Ha Long City, it did not take us long though to enjoy being taken care of. Our tour guide was a bit of a caricature but she was very funny - we sometimes still suspect Vietnamese women to parody their own accent for us to smile at every sentence - and then there were only thirteen other tourists on board and all of them were very good company! They too were caricatures of themselves: typical French people, a very talkative American gay couple, a young, shy Chinese girl, a pale Irishman who drank beer like water, etc. When we left the port, the weather was gray and we were amazed by the multitude of limestone rock formations, covered with vegetation, with their silhouette emerging through the fog. And later, it looked even more magnificent under blue sky. We lost sight of the other boats and were able to admire the sunset over the surreal landscape in a complete silence.

samedi 25 février 2012

Sur la rivière des Parfums

Sur la route entre Hoi An et Huê, il suffira d'un simple tunnel pour passer de la chaleur tropicale du sud à la fraîcheur humide du nord. Et c'est sous la grisaille que nous allons découvrir l'ancienne cité impériale. On en viendrait presque à se demander pourquoi c'est précisément ici que les derniers empereurs vietnamiens ont choisi de résider mais le temps sied après tout parfaitement au site: le gris du ciel répond au gris des épais remparts et se reflète dans les douves qui en protègent l'accès. L'immensité du complexe est saisissante avec ses dix kilomètres de circonférence mais les quelques bâtiments sauvés de la destruction peinent à faire justice à la grandeur passée des lieux. 

L'impressionnante entrée principale de la cité Impériale
Si de nombreux palais ont été engloutis à jamais par la guerre, ceux qui ont traversé le temps ont été restaurés et aménagés avec soin pour nous faire entrevoir les fastes de la cour. Nous aurions pu en rester là et poursuivre notre route vers le nord mais nous nous sentons étrangement bien à Huê et nous décidons d'y passer quelques jours. La ville abrite par ailleurs un marché très animé ainsi que de nombreux temples, pagodes et tombeaux construits par les empereurs Nguyên qui se sont succédés à la tête du pays jusqu'en 1945. 

Elégance vietnamienne
Nous sommes également fascinés par la fameuse rivière des Parfums qui sépare la vieille ville de la cité moderne. En guise de rivière, c'est un fleuve immense qui charrit une eau brunâtre mais il agréable de flâner sur les berges malgré les incessantes sollicitations des vendeuses et des bateliers, auxquels nous cédons finalement. Après d'âpres négociations, nous embarquons pour une balade d'une heure. Rien de spécial à voir depuis le bateau mais nous savourons en silence ce moment de sérénité. 

Petite balade sur la rivière des Parfums
La ville est cependant loin d'être ennuyeuse et les occasions de franches rigolades ne manquent pas. En cherchant un petit resto tenu par des sourds et muets et recommandé par notre guide, nous nous trompons et atterrissons dans la gargote voisine. Nous ne nous en apercevons que le lendemain en découvrant que trois enseignes adjacentes revendiquent en réalité les éloges des guides de voyage et toutes se prêtent au petit jeu du sourd et muet. Nous en essaierons finalement deux en tentant de démasquer les imposteurs, mais en vain. Les Vietnamiens n'ont pas fini de nous surprendre!  


On our way to Hue, we passed through a tunnel and it was like a boundary separating two different climates. The tropical heat of Hoi An gave place to a moist, cool weather in the most brutal way. Grey remained the dominant color of the sky during our stay in the old imperial city. We couldn't help but wonder why the last Vietnamese emperors had decided to establish their capital there but the weather after all perfectly suits this place: the grey of the sky matches the grey of the thick walls surrounding the area and is reflected in the moats. The immensity of the Citadel complex is striking with a perimeter of ten kilometers but the few old buildings saved from destruction barely do justice to the former grandeur of the place. While many palaces were destroyed forever by the war, those who have survived have been beautifully restored and furnished with care for us to catch a glimpse of the splendor of the imperial court. We could have left after that and continued our way north but we kind of liked Hue and decided to stay a few more days. The city also boasts a lively market and many temples, pagodas and tombs built by the Nguyên emperors who ruled the country until 1945.
We were fascinated by the famous Perfume River which separates old and new Hue. It is not quite as romantic as it sounds as it is actually brownish water but the river bank was still a nice enough place for a stroll despite the touts. After some tough haggling, we embarked on a boat ride. There was nothing special to see but we did enjoy the moment and silence. The city was far from boring and provided lots of opportunities for good laughs. While searching for a small restaurant run by deaf and dumb staff and recommended by our guidebook, we got it wrong and landed in a nearby cheap eatery. We realized the mistake the following day and found out that there were actually three adjacent restaurants pretending to be the one and only praised by travel guides, all playing the deaf and dumb card. We did not manage to identify the original one! The Vietnamese really are full of surprises!

vendredi 24 février 2012

Dégât des os

Après seulement trois jours dans le sud, c'est parti pour la traversée express du long pays qui aurait, paraît-il, la forme d'un dragon. Pour nous épargner de très longues heures de bus ou de train et pour seulement quelques euros de plus, nous rallions par avion le centre du Vietnam et en l'occurrence, la vieille ville de Hoi An. Autrefois prospère grâce au commerce maritime, la cité s'est endormie suite à l'ensablement de la rivière avant de renaître comme une destination touristique prisée avec l'ouverture du pays dans les années 90. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, elle compte une centaine de demeures traditionnelles mêlant les styles chinois, japonais et vietnamien. Tout a été rénové avec soin pour accueillir la manne touristique. Les maisons en bois à un seul étage et aux lourds toits de tuiles émaillées en imposent le long des ruelles étroites. 

Ballet des touristes en cyclo-pousse dans les ruelles de Hoi An
A l'intérieur, les habitants ont cédé la place aux commerçants, en particulier aux tailleurs, et nombreux sont ceux qui viennent à Hoi An pour se faire confectionner des vêtements sur mesure à des prix imbattables. Si certains bâtiments sont ouverts au public, la visite s'achève immanquablement dans une pièce encombrée de bibelots à vendre. Le manque d'authenticité est assez pesant dans cette ville-musée mais il est agréable de se promener le long de la rivière et de traverser le joli pont japonais qui relie les anciens quartiers chinois et nippon. Et après Saigon, le contraste est saisissant: le calme règne et David peut enfin traverser la rue sans craindre de se faire écraser! Une bonne base en somme pour découvrir les environs. A commencer par le site archéologique de My son et ses vestiges du royaume de Champa, de culture hindouiste, qui contrôla le centre du Vietnam pendant des siècles. Nous nous frayons un chemin parmi la masse compacte des touristes pour admirer quelques temples en ruines dédiés aux divinités hindous qui nous sont désormais bien familières. Ce patrimoine historique n'a cependant pas été épargné par les bombardements américains et la visite est plutôt rapide. 

Au coeur des ruines de My Son
Sur le chemin du retour, David fait une mauvaise chute. Ça tombe bien, nous avons un médecin avec nous et le verdict de Jacky tombe: quelques égratignures et la clavicule gauche cassée. Diagnostic confirmé après une radio faite à l'hôpital de Hoi An et voilà les épaules de David qui disparaissent pour quatre semaines dans deux anneaux de mousse pour les immobiliser complètement. Heureusement pas de quoi changer les plans pour la suite du voyage et nous partons le lendemain pour la plage toute proche, large étendue de sable fin bordée de cocotiers. Rien de tel pour se remettre des frayeurs de la veille!   
 
Pas de doute, c'est cassé!

After only three days in the South, we started our express journey across the long dragon-shaped country. To avoid sitting on a bus or train for long hours and for only a few euros more, we flew to central Vietnam and headed to the old town of Hoi An. Once a prosperous trading port, the city lost its statut due to silting up of the river mouth before being reborn as a popular tourist attraction after the opening of the country in the 90s. Listed as a UNESCO World Heritage Site, it has more than hundred traditional buildings that display a blend of Chinese, Japanese and Vietnamese influences. Everything has been carefully renovated to accommodate the tourist business. On both sides of the narrow streets, wooden one-storey houses have their roof covered with enameled tiles: quite an imposing sight for the visitor. Most of them are now restaurants or shops, especially tailor shops as many people come to Hoi An to get clothes custom-made at unbeatable prices. While some of the historical buildings are open to the public, the visit inevitably ends with the odd souvenir stall. The lack of authenticity was pretty much unbearable in this open air museum but it was nice though to walk along the river and cross the beautiful bridge that used to connect the Japanese and Chinese medieval areas. And after Saigon, the contrast was striking: it was so quiet and David could even cross the street without fear of getting hit! In other words, a good base for exploring the surroundings. Starting with the archaeological site of My Son and its vestiges of the Champa kingdom, of Hindu culture, that used to rule Central Vietnam for centuries. We made our way through the tourist masses to admire some ruined temples dedicated to Hindu deities which were now well familiar to us. But this cultural heritage was heavily damaged by the US bombings so the visit did not take long.
On the way back, David had a bad fall. Luckily, we had a doctor with us and Jacky's verdict fell: a few scratches and a broken (left) collarbone. The diagnosis was confirmed after an x-ray done at the hospital in Hoi An. David would now have to wear a brace that wraps around the shoulders to keep them back, and this during four weeks. Fortunately, nothing that would require a change of plans for the rest of the trip. The next day, we went to the nearby beach, wide stretch of sand lined with coconut trees, to recover from the shock of the accident!